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21 Septembre 2017 | 1er, Tishri 5778 | Mise à jour le 20/09/2017 à 12h11

Rubrique Judaïsme

Haïm Korsia : Etre libre, c’est choisir librement des règles

Le billet de la semaine par Haïm Korsia le Grand Rabbin de France, Membre de l'Institut.

Si le peuple d’Israël endosse une responsabilité importante dans l’histoire de l’humanité et possède une identité si forte, il le doit à sa Thora, la loi par laquelle le monde est créé et par laquelle il se maintient. 

Israël se différencie en l’acceptant et s’isole alors des autres peuples qui ne cesseront de le combattre. Ce faisant, le peuple d’Israël jette le discrédit sur ceux qui se sont départis de cette alliance avec l'Eternel, ceux-là mêmes qui prônent que l’homme est libre de penser et d’édicter la loi, sa loi, dans un monde dont il veut être le seul maître. 

Chavouot est précisément la solennité qui définit cet instant et doit son nom aux semaines qui la sépare de Pessah. Au nombre de sept, elles caractérisent l’effort de l’homme à se hisser au niveau de cette révélation. Car sortir de l’esclavage ne dote pas obligatoirement l’homme de la liberté. 

Liberté et contrainte semblent incompatibles à première vue. En effet, se soumettre à la loi implique une limitation de notre libre-arbitre, une forme de négation de notre liberté.

Etre libre, ce n’est pas pouvoir faire tout ce que l’on veut, mais au contraire choisir librement des règles. Non seulement le respect de la loi permet la liberté, mais elle devient le moyen de vivre réellement libre. 

Les dix commandements remis à Moïse marquent ainsi le temps d’ériger des règles dans un monde jusqu’ici sans règle. Cette approche se veut révolutionnaire, mais surtout innovante, car elle matérialise la fin d’un monde livré à lui-même, en créant un état de droit, régi par des codes, mais aussi et surtout par des devoirs de chacun envers les autres et plus largement, la société.


« Le respect de la loi permet la liberté, mais elle devient le moyen de vivre réellement libre.»

La Thora n’en reste pas moins un exercice difficile, parce qu’elle nous interpelle dans notre quotidien. Ce n’est pas un effort ou un rendez-vous une ou deux fois par an. La Thora est présente là où l’homme se trouve, et doit donc exister partout.

Le judaïsme enseigne à l’homme la façon de parvenir à un état de coexistence avec ses prochains par une maîtrise de soi, une forme d’autodiscipline dont les outils et les moyens seraient les commandements. L’être humain dominerait alors ses pulsions, son action, sa parole et son mental par le respect des commandements.

Les maîtres d’Israël ont instauré une veillée d’étude durant la nuit de Chavouot - comme s’il était inconcevable de dormir cette nuit-là. Là est tout l’enjeu de la fête de Chavouot : agir pour donner du sens. Dans cet ordre précisément et non pas l’inverse, car l’esprit étant « impressionné » par la main, il faut donc prendre, dans un premier temps, pour comprendre ultérieurement. Précisément ce que les  Hébreux se sont engagés à respecter, Naassé vénichma, nous ferons et nous comprendrons.

Mais cela n’a rien d’évident ni d’automatique. C’est, certes, logique et censé, mais le vacarme, le tumulte du monde et des hommes, la routine de nos vies altèrent notre perception. Voilà ce qui doit nous encourager à recevoir tous les ans, et en fait, tous les jours, la Thora.

Depuis la création de l’homme, jamais aucune loi n’avait été promulguée dans son intégralité à l’ensemble de l’humanité. Pour la première et dernière fois, l’homme se tient devant son Créateur dans un face-à-face d’une troublante clarté, car il est inévitable que tout objet créé possède son code et ses modalités de fonctionnement, non pour frustrer et interdire, mais afin de permettre l’expression et la définition la plus juste de la vie en maintenant le cap d'une espérance de progrès.

C'est ce progrès, individuel et collectif qui donne tout son sens à cette belle fête qui nous voit à nouveau nous rassembler, comme au pied du mont Sinaï, bélev éhad, kéich éhad, - avec un seul cœur, comme un seul homme. C'est ce dont le judaïsme a tant besoin et c'est ce que l'ensemble de notre société rêve de retrouver comme un écho de la révélation divine. 

Hag Chavouot Sameah

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