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21 Septembre 2017 | 1er, Tishri 5778 | Mise à jour le 20/09/2017 à 12h11

Rubrique Régions

Les protestants face à la part sombre de Luther

L'intervention de Marc Lienhard ; à l'arrière le président de l'Uepal Christian Albecker et le grand rabbin Gutman. (NK.)

Dans le cadre du 500e anniversaire de la Réforme, l'Union des églises protestantes d'Alsace et de Lorraine (Uepal) a organisé mercredi 7 juin au siège du conseil régional une manifestation autour du thème « Luther, les Juifs et nous aujourd'hui ».

« Il n'est pas dans mes habitudes de dire d'un événement qu'il est historique. Mais ce qui se passe ce soir n'est pas un petit événement », a souligné dans son introduction Philippe Richert, président de la région Grand Est. Lui-même protestant, il a salué, devant les plus de 200 personnes (en majorité protestantes) réunies dans l'hémicycle du conseil régional, la recherche de « justice et de vérité » qui caractérise la démarche des protestants d'Alsace et de Moselle, une terre où le protestantisme - surtout luthérien - est solidement enraciné depuis cinq siècles. Il a en effet fallu du courage aux protestants pour renoncer à l'idéalisation de leur grande figure fondatrice et pour regarder en face et dénoncer sans faux fuyant « les terribles violences verbales de Luther contre les Juifs », selon les mots de Christian Albecker, président de l'Uepal.
Marc Lienhard, pasteur, universitaire et spécialiste mondialement reconnu de Luther a prononcé une conférence aussi engagée qu'érudite sur l'antisémitisme virulent de Luther, du vieux Martin Luther plus précisément. Avant d'évoquer chronologiquement les écrits du père de la Réforme, Marc Lienhard a avancé quatre remarques importantes : les Juifs sont chez Luther un sujet central ; Luther n'a pas rencontré de Juifs et a donc parlé sur ces derniers et non pas avec eux ; dans son entourage, presque tout le monde partageait ce regard hostile ; il s'est surtout exprimé sur les Juifs en tant que commentateur de deux Testaments.
 Marc Linhard a ensuite évoqué les premiers écrits de Luther sur les Juifs qui, à l'instar de « Que J.C. est né Juif » (1523), condamne par exemple les accusations  délirantes de meurtres rituels et invite les chrétiens à « les traiter comme des frères ». « Le premier Luther voulait certes convertir les Juifs, mais par la parole et non par la contrainte », a rapporté ce pilier du protestantisme alsacien. Il a ensuite expliqué que le regard porté sur les Juifs se modifie à partir de 1530, quand Luther réalise que les Juifs ne se convertissent pas. Cette hostilité culminera en 1543, trois ans avant sa mort, par la rédaction de trois textes extrêmement antisémites – le plus connu s'intitule « Des Juifs et de leurs mensonges » – dans lesquels il regrette sa tolérance passée et évoque le caractère « dangereux et démoniaque » des Juifs. Il proposa aux autorités de brûler les synagogues et d'interdire aux rabbins d'enseigner et émit le souhait de les voir « partir dans leur pays, à Jérusalem ». Il a terminé son allocution en se félicitant du profond changement de la relation aux Juifs et au judaïsme des églises protestantes initié après la Seconde Guerre mondiale et renforcé depuis les années 1980.
 « Nous accueillons cet événement avec une fraternelle gratitude, a déclaré le grand rabbin René Gutman, à l'issue de la conférence. C'est un moment essentiel dans les relations entre protestants et juifs qui s'inscrit dans la continuité de l'esprit de la conférence de Seelisberg de 1947. » Il a rendu hommage aux nombreux protestants qui sont venus en aide aux juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et cité le prophète Sophonie (III,9) : « Je gratifierai les peuples d'un idiome épuré, pour que tous ils invoquent le nom de l'Eternel ».

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