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21 Septembre 2017 | 1er, Tishri 5778 | Mise à jour le 20/09/2017 à 12h11

Rubrique France/Politique

Ce que disaient les présidents de la Ve République sur la rafle du Vel d'Hiv

Emmanuel Macron lors des commémorations de la rafle du Vel d’Hiv. (Erez Lichtfeld)

Le président de la République, Emmanuel Marcon, a réaffirmé la responsabilité de la France dans la rafle du Vel d’Hiv. Il se place ainsi dans la continuité de ses prédécesseurs. Mais il a fallu longtemps attendre pour que cette position soit prise.

La vision française de la nation impose une certaine attitude dans le présent et une certaine conception du passé. Dans « Qu’est-ce qu’une nation ? » (1882), Ernest Renan explique que ce « désir clairement exprimé de continuer la vie commune » suppose de faire perdurer un « riche legs de souvenir. » Mais il faut que le passé soit « héroïque ». Ainsi, Renan n’hésite pas à affirmer que la fabrication d’une nation repose notamment sur la transmission d’une mémoire élogieuse : « L’oubli, et je dirai même l’erreur historique, sont un facteur essentiel de la création d’une nation, et c’est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger. » Cette conception de la nation a conduit à l’édification d’un roman national qui, après la Seconde Guerre mondiale, a d’abord présenté la France comme un pays de résistants.    

Cette représentation idéalisée du passé a également longtemps permis de considérer que Vichy n’était pas la France - d’où l’expression « régime de Vichy » symptomatique de cette volonté de dégager l’Etat français de ses responsabilités. Sous la Vème République, les présidents successifs se refuseront d’ailleurs à reconnaître son rôle dans la déportation des Juifs. En juillet 1992, alors que se profile le 50e anniversaire de la rafle du Vel’ d’Hiv, François Mitterrand continue dans cette voie : « Ne demandez pas des comptes à la République, elle a fait ce qu'elle devait. L'État français, ce n'était pas la République ». D’une certaine façon, l’action du gouvernement de Vichy doit alors être considérée comme « hors du temps » et rester une « parenthèse » perçue comme protectrice.


Le temps a fait son œuvre

L’implication de l’Etat français dans le génocide des Juifs n’est finalement intégrée dans la mémoire collective qu’avec le discours prononcé par Jacques Chirac le 16 juillet 1995 : « Il est, dans la vie d’une nation, des moments qui blessent la mémoire, et l’idée que l’on se fait de son pays. (…) Il est difficile de les évoquer, aussi, parce que ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’Etat français ». Nicolas Sarkozy confirmera les propos de Jacques Chirac. En 2012, François Hollande ira un peu plus loin : « Nous devons aux martyrs juifs du Vélodrome d'Hiver la vérité sur ce qui s'est passé il y a 70 ans (…) la vérité, c'est que ce crime fut commis en France, par la France ». Ce n’est plus seulement l’Etat français qui est responsable de « l’irréparable » mais bien la France. Après la polémique entretenue par Marine Le Pen lors de la dernière campagne présidentielle, Emmanuel Macron a de nouveau fait droit à l’Histoire : « C’est bien la France qui organisa la rafle puis la déportation et pour presque tous, la mort, des 13 152 personnes arrêtées le 16 et 17 juillet (1942) à Paris ». « Le temps a fait son œuvre, les témoins parlent, les archives s’ouvrent, les historiens travaillent. Alors la vérité se fait jour, et elle est implacable, irrévocable. (…) La cacher et l’amoindrir insulte notre mémoire collective. » On ne saurait mieux dire…

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