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21 Septembre 2017 | 1er, Tishri 5778 | Mise à jour le 20/09/2017 à 12h11

Rubrique Israël

L’arme fatale du terrorisme

Un des dispositifs créé par une entreprise israélienne contre les attentats à la voiture-bélier. (Flash90.)

Levallois-Perret, Barcelone, Cambrils. Trois nouvelles villes frappées par le terrorisme islamiste au mois d’août et que réunissent un même mode opératoire : l’attaque à la voiture-bélier.

Dans les Hauts-de-Seine, le 9 août, un Algérien de 36 ans fonce au volant d’une BMW noire contre un véhicule militaire blindé et blesse six soldats de la mission Sentinelle. Le 17 août, c’est au tour de la Catalogne d’être prise pour cible, en deux temps. Une fourgonnette fauche d’abord des civils à Barcelone, sur l’artère touristique des Ramblas. Dans la soirée, des piétons sont visés par une voiture à Cambrils. Revendiquée par l’Etat islamique, l’opération a été menée par une cellule d’une douzaine de personnes. Bilan : seize personnes tués et plus d’une centaine de blessés. Un an après Nice et ses quatre-vingt-six morts, l’attaque à la voiture-bélier s’installe comme un des choix préférentiels du passage à l’acte terroriste. 

Cette série d’attaques estivales confirme en effet une tendance à la hausse. Pour l’année en cours, sept attaques se rangent dans cette catégorie en Europe (Londres, Paris, Stockholm), contre trois en 2016. 

La voiture-bélier arrive ainsi derrière les attaques à l’explosif (10 attentats), mais devant ceux à l’arme blanche (5) et à l’arme à feu (4), selon des chiffres publiés par Le Monde. Contacté par Actualité juive, le chercheur Romain Caillet ne constate pas d’insistance récente sur ce mode d’action dans le discours djihadiste. Il avance des motivations plus opportunistes. « Il est évident qu’à l’avenir de plus en plus d’attentats seront commis par des personnes n’ayant pas d’expérience de terrain de guerre », explique ce spécialiste du djihadisme. « Or la méthode de la voiture-bélier a l’avantage d’être simple à exécuter, ne requérant aucune compétence en matière de terrorisme ».


Avantage comparatif  

Le coût modeste et l’absence de sophistication de ces opérations répondent en effet parfaitement aux nouveaux visages du djihadisme, décentralisé et encourageant les initiatives personnelles. Cette déconcentration horizontale est d’ailleurs appelée de ses vœux par la hiérarchie de l’Etat islamique. Dans un message diffusé en 2014, l’ex-porte-parole de l’EI, Mohammed El Adnani, appelait ses fidèles à tuer les ressortissants des Etats membres de la coalition anti-EI « de n’importe quelle manière ». 

« Ecrasez-lui la tête à coups de pierre, tuez-le avec un couteau, renversez-le avec votre voiture », martelait le terroriste, tué en 2016. Un message déjà promu par le magazine d’Al Qaïda « Inspire » dès 2010. « Du point de vue djihadiste, des opérations comme celle de Nice font presque autant de morts que des attaques ayant nécessité des fonds et l’envoi de combattants étrangers, comme celle du 13 novembre 2015 (130 victimes) »,  précise M. Caillet.


Le savoir-faire israélien  

Si la menace est telle qu’elle a fait l’objet d’une note d’alerte de l’administration américaine de transport aérien, en mai dernier, elle n’est pas néanmoins totalement inédite. L’expérience israélienne est ainsi scrutée avec attention de par le monde. Selon les chiffres du Shin-Beth, trente des trois cents attaques ayant visé l’Etat hébreu entre le 1e octobre 2015 et le mois de juillet 2016, concernaient une action à la voiture-bélier. Cette séquence correspond à la phase la plus chaude de la « Hiba », « l’éruption » palestinienne marquée par la multiplication des attaques au couteau.    

La réponse israélienne à une menace moins aisée à détecter que celle présentée par des cellules terroristes s’est articulée autour d’un travail de fourmi opéré sur les réseaux sociaux pour établir des « profils-type » en amont du passage à l’acte. Mais pas seulement. C’est également l’aménagement du territoire qui a été repensée au prisme de cette menace volatile. Cubes de béton ou blocs de ciment aux arrêts de bus, piliers en métal, bornes anti-bélier pour protéger les piétons aux abords de routes « sensibles », autant de dispositifs opérationnels qui ont permis d’enrayer le cycle meurtrier, très pesant psychologiquement pour la population. 

Plusieurs sociétés israéliennes se sont également imposées sur ce marché dont le ciel semble être la limite : Moked Matara, fondée en Belgique par des experts israéliens, ou encore Mifram Security. Avec pour clients les armées américaine et japonaise ou l’Autorité israélienne des transports, cette dernière propose des barrières modulaires dénommées « MVB ». Lancées en 2003, elles sont capables de stopper la course de la plupart des véhicules lancés à toute vitesse « en modifiant la lancée horizontale du véhicule en lancée verticale » selon le site de la société. Le dispositif prend la forme de griffes qui projettent vers les airs la voiture dont l’énergie cinétique est, à l’instar du judo, retournée contre elle-même. 

Pratique, déployable en sept minutes, peu coûteuse (1500 euros l’unité), la solution a déjà conquis les municipalités de Paris et de Nice, la gare de Lyon et, cet été, le festival d’Avignon. 

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