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26 Septembre 2017 | 6, Tishri 5778 | Mise à jour le 26/09/2017 à 07h37

France/Politique

Simone Veil, une vie de courage et de combat

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l y neuf ans, le 12 novembre 2008, un grand colloque international en l’honneur d’Elie Wiesel a eu lieu  dans l’Amphithéâtre de la Sorbonne, haut lieu de la pensée et de la culture françaises, en présence de la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse.  Le thème  de la rencontre était  emblématique de la vie et de l’œuvre du grand écrivain : « Lire, étudier  après la catastrophe ». Après la leçon d’ouverture d’Elie Wiesel, prirent la parole quatre grands penseurs contemporains : Armand Abecassis, Benjamin Gross, Emeric Deutsch et Paul Thibaud.Quatre lectures de la reconstruction du monde après la tempête dévastatrice de la catstrophe de 1939-1945.

La leçon de clôture du colloque fut un moment très fort, l’un de ces moments inoubliables, qui restent profondément gravés dans la conscience de tous les auditeurs. L’une des grandes figures de la République, Simone Veil, ancienne ministre de la Santé, première présidente du Parlement européen, présidente d’honneur de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et membre fondatrice du Conseil Académique de l’Institut Universitaire Elie Wiesel prit place à la tribune de l’Amphithéâtre. Signalons que 2008 ne fut pas une année ordinaire dans la vie de cette femme où chaque année était extraordinaire, différente, singulière. Simone Veil venait d’être élue à l’Académie Française. Le célèbre palais du Quai Conti ouvrait ses portes à une femme qui n’était ni poétesse, ni dramaturge, ni romancière, ni philosophe. Une femme dont le principal titre de gloire était son véhément témoignage humaniste et universaliste. Selon la vieille tradition de l’illustre institution, chaque académicien porte une épée qui rappelle les combats et les valeurs qui marquent sa vie. Et Simone Veil de faire graver dans son épée d’académicienne son numéro de déportée au camp d’extermination, 78651, tatoué sur son bras et le nom « Birkenau », elle fut internée avec sa famille, en 1944.

Elle apporta, à la Sorbonne, son message à une rencontre entre penseurs et auteurs de différentes sensibilités, réunis autour d’une quête commune : découvrir des voies positives, originales, dignes, pour exprimer une pensée féconde et créatrice après l’horreur indicible de la Nuit et du Brouillard. Pour imaginer une renaissance de la civilisation après le passage de la barbarie. Pour concevoir une résilience spirituelle, sociale, humaine, après le malheur. Pour penser une reconstruction de la cité libre après le passage mortifère du totalitarisme.

Dans cette vision, il s’agissait d’écrire une page nouvelle dans l’histoire dramatique du Vieux Continent. Une page de réconciliation entre des peuples qui avaient vécu des siècles dans la haine mutuelle, la méfiance et le mépris. Comme Martin Buber, elle croyait  au nécessaire dialogue entre Français et Allemands, condition indispensable de la construction d’une nouvelle Europe démocratique. Mais une page nouvelle qui n’oublie pas le passé traumatique et ses heures sombres. De là, le devoir de mémoire auquel Simone Veil a consacré un effort considérable. Serge Klarsfeld rappelle, avec tristesse, que beaucoup de rescapés des camps de la mort ne s’en sont jamais remis et continuent à vivre… en 1942 ! Mais, dit-il, Simone Veil fait partie de ceux qui ont « puisé une incroyable énergie, comme si le fait d’avoir des enfants ou un métier constituait une victoire sur le nazisme, comme s’ils voulaient que leurs parents disparus soient fiers d’eux ». 


Par Franklin Rausky, Universitaire

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